mardi 24 novembre 2009

Le Vélo de Chris


Ah ah, t'as voulu faire la maline, t'es bien boulée maintenant, c'est pas tout ça mais va falloir que tu les démarches, que tu les emboites, que tu les écoutes tous ces gars et filles qui ont un vélo dans leur vie. Rappelle-toi, ce gars-là, à San Diego l'hiver dernier, c'est un peu grâce à lui quand même que t'as eu cette idée brillante hein? Va p'tête bien falloir lui faire un peu les honneurs qu'il mérite, parce que lui, pour le coup, son Vélo c'est toute sa vie.

Pour ceux qu'étaient jamais venus avant, juste un topo pour vous donner une idée de ma position géographique au cours des trois dernières années: Paris - Etats-Unis - Paris - Etats-Unis - Paris - Etats-Unis, ouai mais Californie mec, pas l'Idaho. J'ai travaillé deux saisons au Banana Bungalow (" San Diego "), établissement pas vraiment honorable, où la moindre averse se transforme en déluge près de faire exploser la baraque dont tous les fils électriques sont plus ou moins à nu, bah oui, construit sur la plage, tout y a été fait à l'arrache et tout y rentre, vagues, sable, mouettes dégueux, Marines en perm', pucelles-à-sac-à-dos, alcooliques précoces ou en pleine cirrhose et/ou surfers, curieux/curieuses (c'est moi ça) et... Des paumés.

Chris est un Môsieur plutôt grand, à lunettes, timide, de 47 ans. Chris n'aime pas qu'on le prenne en photo mais adooore qu'on regarde son vélo. Il lui a même donné un nom: "The Clumsy Oaf" (Le Gros Balourd). Chris a fait tout ce chemin en roulant depuis l'Oregon. Chris a perdu son emploi de biologiste, ne s'est jamais marié et n'a pas eu d'enfant. Chris ne parle pas de ses parents, ni de ses frères ou de ses sœurs. Chris voyage seul. Enfin non, Chris voyage avec son vélo. Parce que Chris a du partir de chez lui et tout vendre. Enfin ce que lui avait pas pris les créanciers, les juges, les flics, les mouettes... Encore elles ces salopes ! Chris, je lui ai donné un lit pour une semaine. Bah ouai, dans les auberges de jeunesse y'a pas que des jeunes, ça c'est des légendes. Elles servent aussi à héberger des américains qui s'exilent, qui fuient, qui cherchent une vie meilleure dans un autre État. Souvent des gens qui repartent à zéro. C'est toujours un peu délicat parce qu'ils font peur aux-jeunes-qui-rient-fort-et-qu'ont-des-boutons-d'acné. Mais c'est à la personne en service à la réception d'accepter - ou pas - un/une quadra, quinqua, un zèbre, un rhinocéros ou autre, dans un dortoir. C'est le mélange, c'est ce qui fait le folklore de ces lieux et c'est ce qui forgent toutes ces têtes encore vides qui prennent en même temps une belle leçon de vie.

Chris c'est un mec comme ça. Chris a bricolé son vélo et est très fier de son système de porte-bouteilles-géantes. Je lui ai même dis qu'il devrait déposer un brevet, sans blague, l'Amérique c'est quand même le pays où le mec qu'a inventé le velcro-silencieux est devenu millionnaire en vendant son invention à l'US Army (The Garden State).

Chris était copain avec un aut' gars, Garry, lourdé de Microsoft, fils de présentateur radio star des 70ies, un peu picolo, qui lui a dû finir par dormir dans son van, parce que plus de sous pour payer son lit, et puis qui est revenu dormir chez nous après avoir vendu son van, puis sa machine à pain, son blender, puis sa machine à coudre, son laptop. Ces mecs sont pas des indigents. Ils s'en sortent comme ils peuvent et ils continuent de rêver. Comme par hasard, ils rêvent tous du Mexique. Bah oui, au moins là-bas si tu dois dormir dehors, tu risques moins te les peler. Pas con...

lundi 23 novembre 2009

Of Bikes and Men

Vite, vite mes mains, suivez ma tête, elle va trop vite, comme moi quand j'pédale - sans blague - nan vraiment, vous m'avez tirée du lit, il est 5 heures du mat', j'ai cherché pourtant à me retourner, à vous ignorer, à me dire que l'inspiration je l'avais perdue, tout comme le sourire de celle qui part... Ah ah, petites rigolotes, j'ai un peu mal à la tête , la pause burger-Picon-Caravane est passée comme une lettre à la poste, ça aurait pu être pire, ça s'est déjà fait.

Mais non. C'est une évidence. J'existe donc j'écris. Ouai vous aussi vous m'avez manqué les mecs. Les Anglo-saxons désolée, c'est pas encore pour tout de suite la version bilingue, déjà j'ai tellement de choses à écrire que mes mains se crampent, alors pour le cerveau, on attendra un peu.

Je pouvais pas abandonner le projet. Le prétexte du voyage nourricier pour l'inspi bah ouai tout ça c'est des prétextes, ma ville, c'est Paris, tant qu'à être ici autant ouvrir les yeux et profiter des voyages qu'elle nous offre. Et puis des bouts de voyages pas couché su'l'papier j'en ai plein ma besace, il faut que vous sachiez Bonnes Gens, que j'en ai encore des choses à vous raconter et que le projet qui me tenait à cœur il ne tenait qu'à moi qu'il se réalise.

Je voulais faire des portraits d'hommes, de femmes, d'enfants avec leurs vélos. Of Bikes and Men. Ça sonne comme le titre du bouquin de Steinbeck, Of Mice and Men, un bon lui aussi pour ce qui est des road trips -(cf. Travels with Charley). Leur parler, les photographier dans leur élément, leur maison, leur décor. Parce qu'un vélo à son histoire, on y met de soi, il nous ressemble, il porte tous ces détails cachés connus par nous seul pour lesquels on se flatte lorsque des yeux curieux les découvre. Mon vélo à moi c'est une fable. D'ailleurs c'est p'têt par lui que je vais commencer.

Le Vélo de Carole

Vélo AVANT :


Le Vélo de Carole est né en octobre 2008. Il est né de la colère de Carole après un vol de vélo. Rien ne la destinait - à se prendre pour Alain Delon et à parler à la troisième personne - sans déconner... Nan, rien ne destinait Carole à rouler en single speed et pourtant. Vous vous rappelez NYC, Brooklyn, le Vélo de Carole-des-Etats-Unis, celui avec lequel elle a silloné les grandes villes américaines, déjà celui-là il avait un beau profil, il allait vite, ok avec des vitesses, mais déjà des cales-pieds et surtout, il lui donnait cette impression incroyable de voler... Bah elle voulait pas que ça s'arrête. Le Vélo de Paris serait un vélo comme celui des coursiers dingues de Keuyornew, un truc épuré, un truc facile à entretenir et à la mécanique somme toute, assez simple. Pour Carole, un Vélo ça doit être un peu comme une Volvo : tu lui mets une goutte d'huile de temps en temps, tu resserres deux-trois trucs et tu vérifie régulièrement la pression des pneus.

Après il a fallu trouver le cadre. Ouai sur internet ils ont dit que pour faire un single il fallait déjà trouver un cadre, ok, à la bonne taille, ouh la, avec des entrées, des entailles, enfin des trucs en bas là qui s'appellent-chais-plus-comment pour mett' les roues qui doivent être comme-ci et pas comme ça, et puis après les roues, les moyeux... Quoi un cintre ? Ah ouai l'autre nom pour le guidon. Un pédalier, un boîtier de pédalier... Quoi ? Un ratio ? Nan les mecs, vous vous la racontez sur vos putains de forum, c'est pas compliqué, je veux un truc pour rouler et pour me déplacer, et là vous venez me dire que y'a plein de trucs auxquels j'avais pas pensé ! J'ai cru devoir abandonner. Je suis allée jusqu'à Tours en TER acheter un vélo Motobécane d'occase' en pensant en faire quelque chose mais quand ça a commencé à parler soudure, montage, j'ai eu comme l'impression de m'être embourbée. Et en attendant, toujours pas de vélo. Et ce magasin là, rue Pierre Dupont à deux pas de chez moi, sur mon chemin quand je vais au Franprix... Ah ouai ça c'est certain ils en ont des beaux vélos, mais ces mecs, d'ailleurs y'a que ça là-bas, on dirait une secte, ils font les acrobates sur leurs vélos, j'ai trop peur, trop la honte d'aller leur parler. Alors les vélos, pour les voir de près, je passe devant la boutique la nuit, quand tout est fermé et j'colle mon nez à la vitre comme les gosses à Noël devant les vitrines. Un jour faudra quand même bien que j'y aille. Et j'y suis allée. Le jour. J'ai parlé avec un mec qui ressemblait à Casper, qui m'a tutoyée tout de suite et qui a voulu me refourguer un cadre chilien rose, certes à ma taille mais rose... En tout cas, mon premier coup de pédale sur un fixe c'est grâce à un mec avec une barbe d'ayatollah que je l'ai passé, lorsqu'il m'a laissée essayer le vélo-de-la-vitrine. Moi j'y connaissais rien mais de ce jour là, je me souviens de tout. Du temps qu'il faisait, des vêtements que je portais. Un peu comme la première fois que tu roules une pelle. J'ai remonté mon futal, arrivée au bout de la rue j'ai découvert avec stupeur que y'avait pas de freins, mais non, fallait pas perdre la face. Putain les mecs j'ai eu chaud ce jour-là. Bon et puis d'façons ce vélo il est trop grand.

Carole sans vélo depuis un mois. Trop dur. J'ai été chez Bicloune aussi, j'ai essayé un vélo de course japonais, Dame, j'avais jamais été couchée comme ça sur un vélo, ah ouai les mecs du camion-poubelle que je viens de doubler vous avez vu mon string, ouai je sais, je me verrais, je sifflerai aussi. Pas pour moi non plus. Le vélo d'occas' de mes rêves, j'crois que je le trouverai jamais. La bonne taille, la bonne géométrie... J'en étais à reluquer tout ce qui roulait, habitude que j'ai gardée d'ailleurs, envieuse, j'en aurai pleuré d'être à pinces. Je me suis dis qu'il fallait que j'achète du neuf, que c'était moins risqué, quand on y connait rien, faut rester humble, mais le choix dans le tout-fait n'était pas vaste. Et là, ce fut comme une apparition. Love at first sight. Un pur hasard, p'têt une recherche sur Google du type : "cadre 49 cm single speed complet" et BIM ! J'ai imprimé la photo, et encore comme une gosse, je suis-allée-chez-le-marchand-de-vélos (Cycles Laurent) et je leur ai dis : "j'veux ça !". Vélo s'est fait attendre, il s'est fait désirer, il a du être payé en deux fois. Quand il est arrivé on était déjà en octobre, deux semaines plus tard je repartais en Californie faire un road trip avec un pote, pas moyen que je l'emmène, trop peur de l'abîmer. Pas grave. je serais encore plus heureuse de le retrouver en janvier, quand tout sera gris, que je serais au fond du sac d'être de retour à Paname. Pour la suite, je vais la faire brève :

A mon retour, Vélo a roulé 15 jours avec ses deux freins et son cintre piste. Vélo et Carole ont ensuite été chez Cyclope se faire : 1) chambrer ; 2) poser un nouveau cintre et se faire amputer d'un frein. Deux semaines plus tard, Carole, un peu éméchée, a voulu faire la démo du moyeu flip-flop à ses potes-pas-du-vélo et Vélo est passé en pignon fixe. Manque de bol, c'était en haut de la butte Montmartre, mais Carole a appliqué sans le savoir la devise aujourd'hui si chère à son ami DADA : " On fonce, on verra après ".

Vélo n'est depuis plus jamais repassé en roue libre. Vélo est allé à Berlin pour se roder et il a toujours attendu sa Maîtresse bien sagement devant tous les musées, bars et restos-à-saucisses. Vélo aime la pluie, la neige, le vent et surtout, Vélo est le plus beau vélo du monde.
Crédit photo : http://www.yann-g.com/blog/